Le moment du repas est censé être un plaisir, mais pour beaucoup d’entre nous, il peut vite virer au cauchemar. Entre les refus en bloc, les hauts-le-cœur devant une purée et les phrases types de l’entourage comme “Il finira bien par manger s’il a faim”, on se sent souvent très seuls.
J’ai découvert un ouvrage nécessaire qui est sorti le 4 février 2026 chez Glénat : “Troubles de l’oralité – Familles et professionnels face aux troubles alimentaires pédiatriques”, écrit par l’artiste Stomie Busy (celle qui parle ouvertement de la maladie de Crohn et de sa Stomie sur Instagram).

Plus qu’une BD, un guide de survie bienveillant
Réalisé en collaboration avec le CHU de Lyon, cet album nous plonge dans le quotidien de Lola, Simon, Ambre ou encore Kaïs. Ces enfants ne font pas de “caprices” : ils vivent avec des Troubles Alimentaires Pédiatriques (TAP), souvent liés à des parcours médicaux complexes (maladies digestives, hospitalisations précoces).
Pourquoi cet album est excellent pour les parents :
- Mettre des mots sur l’indicible : L’hypersensibilité sensorielle, la néophobie alimentaire ou le réflexe nauséeux sont expliqués clairement.
- Dézinguer les idées reçues : La BD montre bien que l’alimentation est influencée par les émotions et les expériences passées. Non, vous n’êtes pas un “mauvais parent” si votre enfant refuse sa cuillère.
- Des outils concrets : On y découvre des concepts comme le “food chaining” (la chaîne des aliments), les “aliments copains” et l’importance de l’exploration sensorielle sans pression.

Constellation de soins : la place des pros
L’un des grands points forts de l’album de Stomie Busy, c’est de sortir le parent de son isolement en présentant une véritable “armée de bienveillance”. On comprend que la prise en charge ne se limite pas à “faire manger”, mais à harmoniser le corps, le cœur et l’assiette.
L’album détaille avec beaucoup de justesse le rôle de chaque professionnel :
- L’orthophoniste & l’ergothérapeute : Ce sont souvent les piliers. Ils travaillent sur la désensibilisation, la mastication et aident l’enfant à accepter de nouvelles textures sans que cela soit vécu comme une agression.
- La psychomotricienne : Elle aide l’enfant à se réapproprier son corps. Parce que bien manger, c’est aussi être bien assis, savoir toucher les aliments avec ses mains avant de les mettre en bouche.
- La diététicienne : Elle est là pour rassurer sur l’aspect nutritionnel, lever la peur des carences et proposer des stratégies comme le food chaining (introduire de nouveaux aliments par étapes logiques).
- Le psychologue : Essentiel pour traiter la “fatigue invisible” des parents et l’anxiété qui peut s’installer autour de la table.
La BD montre que ces professionnels ne sont pas là pour juger les méthodes des parents, mais pour sécuriser le parcours. Ils transforment l’hôpital ou le cabinet en un laboratoire d’expériences positives (ateliers sensoriels, jeux avec la nourriture) où la performance nutritionnelle s’efface au profit du plaisir retrouvé.
C’est une lecture qui fait du bien car elle rappelle aux familles qu’elles n’ont pas à porter seules le poids du diagnostic.

Ce que j’ai particulièrement aimé
Le dessin de Stomie Busy est rond, solaire et plein d’humour. Elle réussit à traiter de sujets techniques (comme la gastrostomie ou la sonde nasogastrique) sans jamais être anxiogène. Après son album sur la maladie de Crohn, j’avais peu de doutes qu’elle ne maitrise pas déjà le sujet.
Dans cette BD, on y revoit la règle d’or : on ne force pas, on accompagne. On privilégie la sécurité émotionnelle avant la performance nutritionnelle. C’est un message d’une puissance infinie pour les familles épuisées par l’hypervigilance.
Si vous avez dans votre entourage un enfant qui a un parcours alimentaire “atypique”, offrez cette BD. C’est le meilleur outil pour remplacer le jugement par la compréhension. Comme le dit si bien l’auteur : “Manger, c’est aussi une histoire de cœur.”
📋 Fiche technique
- Pagination : 56
- Parution : 4 février 2026
- Prix : 11,50 € (Format papier) / 6,99 € (Numérique)