Entre la course du matin pour ne pas rater la sonnerie, les devoirs qui finissent dans les larmes et les bulletins qui nous stressent, on a toutes et tous déjà imaginé envoyer valser le rythme scolaire classique. Mais, de là à franchir le pas et transformer son salon en salle de classe pendant une décennie entière, il y a un monde.

C’est exactement cette aventure hors norme que nous livre l’autrice Tarmasz dans “L’École à la maison: 10 ans d’instruction en famille” sa toute nouvelle bande dessinée. Un recueil de souvenirs drôle, incarné et terriblement rafraîchissant.

Prix public : 24€, disponible en librairie !

Le point de vue de l’enfant

Rendons à César ce qui appartient à Jules Ferry : l’école n’a jamais été obligatoire en France, c’est l’instruction qui l’est. C’est sur ce rappel fondamental que s’ouvre l’album. Faustine (l’autrice), ses deux frères et (un peu) sa sœur n’ont pas usé leurs fonds de culotte sur les bancs de l’école. Leur salle de classe ? La table de la cuisine, le coin du canapé, un espace complet aménagé, les allées des musées, la plage d’Oléron ou encore l’arrière d’un combi Volkswagen.

À la direction, on trouve leur mère, institutrice de métier, passionnée et débordante d’idées, qui décide de faire la classe à sa tribu suite à un problème d’inscription de sa première fille à l’école. Pendant dix ans, la vie de cette famille alsacienne devient un vaste laboratoire d’apprentissage vivant. On suit ce quotidien avec un plaisir immense, entre expériences scientifiques faites avec trois fois rien, cahiers de vie rédigés au quotidien, sorties improvisées et visites très officielles de l’inspecteur d’académie.

Ce qui rend ce témoignage si précieux à mes yeux, c’est l’absence totale de leçon de morale. Tarmasz ne cherche ni à faire du prosélytisme pour l’instruction en famille, ni à diaboliser l’institution scolaire. Elle raconte simplement avec le regard de l’enfant qu’elle était et le recul de l’adulte qu’elle est devenue. On y croise les doutes légitimes, les remarques perplexes de l’entourage, la peur de mal faire, mais aussi et surtout une immense liberté d’apprendre et de créer.

Des couleurs pop et des souvenirs qui prennent vie

Visuellement, l’album est un régal absolu. Le trait rond, faussement naïf de Tarmasz se marie à merveille avec une palette de couleurs franchement pop. Les roses vibrants, les violets et les oranges intenses apportent une énergie folle à chaque page et restituent avec brio la vitalité de l’enfance.

La grande force de la mise en scène réside aussi dans son aspect “scrapbook“. L’autrice glisse régulièrement au fil de ses planches de vraies archives de sa propre enfance : des photographies de famille scannées, des petits mots raturés, des dessins d’époque ou des extraits de ses premiers cahiers. Ces détails ancrés dans le réel apportent une couche de tendresse supplémentaire sans jamais alourdir le rythme.

Le livre se picore ou se dévore d’une traite, découpé en courts chapitres thématiques qui répondent à toutes les interrogations très concrètes que l’on se pose en tant que parents : comment fait-on pour la socialisation ? Et pour suivre le programme ? Comment gère-t-on les journées sans péter un câble ?

Ce que ce joyeux chaos nous apprend sur l’enfance

Au-delà de la chronique familiale touchante, cet album arrive à un moment où notre rapport à l’éducation bouge énormément. Alors que le cadre légal s’est fortement durci ces dernières années autour de l’instruction en famille, ce récit remet l’humain et l’éveil au centre du débat, loin des clichés et des postures politiques.

En fermant le livre, on ressort avec une irrésistible envie de faire confiance à la curiosité naturelle de nos enfants. On se rappelle qu’apprendre ne se résume pas à rester assis six heures sur une chaise, mais que la géographie s’apprend aussi en observant les cartes d’un itinéraire de vacances, et que la physique se cache parfois dans une recette de gâteau du mercredi après-midi. Une belle leçon de transmission et d’amour.

Prix public : 24€, disponible en librairie !

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