Récemment, deux nouveautés de chez Glénat ont atterri sur mon bureau : Mon Copain Patate et Sakamon Castle. Ce sont des bandes dessinées parfaites pour les enfants dès 6-7 ans, le genre d’albums que je garde précieusement dans ma bibliothèque idéale en attendant qu’il grandisse. Et franchement, elles sont tellement chouettes qu’elles m’ont fait passer un super moment de lecture.

Mon copain Patate : changer de peau pour mieux apprivoiser le changement

Quand j’ai attrapé Mon copain Patate (Tome 1 : …va tout déchirer), je m’attendais à une petite BD rigolote sur les animaux de compagnie, mais pas du tout. L’histoire commence par un sujet délicat : la séparation des parents et le déménagement forcé. On fait la connaissance de Léon, un p’tit gars au caractère bien trempé qui subit de plein fouet ce grand chambardement. Entre un papa trop pris par son boulot et une maman qui essaie de le consoler en lui offrant un hamster, Léon se sent complètement incompris.

C’est là que le scénariste Seb Guérout (qui a travaillé sur Mortelle Adèle et Les Sisters, autant dire qu’il connaît la formule magique pour faire rire les gosses) dégaine un vieux classique : l’échange de corps. Après un vœu désespéré pour échapper à sa nouvelle école, Léon se réveille dans la cage, coincé dans le corps tout rond de Patate le hamster. Et la boule de poils, elle, se retrouve propulsée dans l’enveloppe humaine de Léon, prête à semer une pagaille monumentale en classe.

Au-delà des situations très drôles que ce transfert provoque, j’ai trouvé que ça disait quelque chose de très vrai sur l’enfance et la gestion des émotions. Quand les grands repères de la vie bougent, nos enfants se sentent souvent comme Léon : dépossédés de leur propre quotidien, spectateurs impuissants d’une réalité qu’ils ne maîtrisent plus. Devenir un minuscule hamster incapable de communiquer, c’est un peu le summum de cette impuissance.

Côté dessins, Giovanni Jouzeau nous offre un style ultra-dynamique, tout en rondeur, qui rappelle l’ambiance des héros du magazine Tchô ! de notre jeunesse. C’est expressif, ça bouge dans tous les sens et la petite classe de village propose une galerie de profils hyper attachants. C’est un premier tome très réussi, qui permet de parler de résilience et d’adaptation aux enfants sans jamais avoir l’air de leur faire la morale.

Sakamon Castle : le grand n’importe quoi qui fait du bien

On change complètement d’ambiance avec Sakamon Castle (Tome 1 : Bienvenue à l’auberge) de Mathieu Lenourry. Là, on oublie la psychologie et on plonge la tête la première dans l’absurde le plus total. Le héros ? Sakamon, un sac de navets magique, affreusement maladroit, qui gère une auberge fantastique où rien ne se passe jamais comme prévu.

La genèse de cette BD me plaît énormément : l’auteur a commencé par publier ses dessins sur Instagram avant d’être repéré par un éditeur. Dans la vie de tous les jours, il est opticien en Normandie et dessine dès qu’il a un moment creux dans sa boutique. On sent ce plaisir pur, cette envie de s’amuser sans se prendre la tête.

L’album fonctionne comme un recueil de petits sketches d’une ou deux pages. Entre les potions magiques totalement foirées et les plats franchement suspects de la cuisinière, les clients passent un sale quart d’heure, mais nous, on jubile. Les jeux de mots fusent et les situations improbables s’enchaînent à un rythme d’enfer.

Visuellement, c’est un festival de couleurs pop. Le dessin va droit au but et mise tout sur l’efficacité du gag visuel. Même si mon fils est encore bien trop petit pour en saisir les subtilités, je sais déjà que ce genre de lecture est une vraie bouffée d’oxygène pour les plus grands. C’est l’école du lâcher-prise : ici, la maladresse est reine, l’échec devient une blague, et ça fait un bien fou pour décompresser après l’école.

Deux salles, deux ambiances

Ces deux albums montrent bien que la BD jeunesse sait se renouveler. D’un côté, Mon copain Patate utilise le fantastique pour aider l’enfant à digérer les petits et grands drames du quotidien avec beaucoup de tendresse. De l’autre, Sakamon Castle assume son rôle de pur divertissement loufoque et joyeux.

En attendant que mon mini-lecteur souffle plus de bougies, ces deux pépites ont trouvé une place de choix dans son étagère du futur (déjà bien remplie d’excellentes BD).

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