En tant que parents, nous sommes de plus en plus attentifs au monde émotionnel de nos enfants. Entre les termes “hypersensibilité”, “haut potentiel” ou “hyperémotivité”, il n’est pas toujours simple de trouver des supports qui parlent de ces réalités sans être trop cliniques ou culpabilisants. C’est ici que la bande dessinée jeunesse fait des merveilles.
La sortie du premier tome de Griffonne : La quête de la Team Diabolette (Vents d’Ouest / Glénat) s’inscrit pile dans cette tendance : offrir une aventure fantastique où les super-pouvoirs ne sont que le reflet des sensibilités des personnages.

Griffonne ou l’art de transformer ses erreurs en force
L’histoire nous emmène à Bouille-en-Joie, un village qui va voir son quotidien bousculé par l’arrivée de Griffonne. Cette jeune démone n’est pas là par hasard : elle a fait une “énorme bêtise” en relâchant des monstres dans le monde des humains et doit maintenant les récupérer.
Pour nous, parents, le personnage de Griffonne est intéressant. Elle incarne l’enfant impulsif, celui qui agit avant de réfléchir, mais qui possède une loyauté et une détermination sans faille. Son intégration à l’école, malgré ses cornes et sa chevelure rouge, est une jolie métaphore de la difficulté de trouver sa place quand on se sent “différent” ou “trop” aux yeux des autres.
Ce qui fait la force de cette BD, c’est le trio qu’elle forme avec ses nouveaux amis :
- Séraphin : Un garçon présenté comme hypersensible et surdoué.
- Lili : Une véritable éponge émotionnelle, ultra-réactive.
Ensemble, ils transforment ce qui pourrait être perçu comme des faiblesses sociales en véritables outils d’enquête. Si le trait est parfois un peu marqué (les personnages sont très “typiques” de leur étiquette), cela permet d’ouvrir le dialogue avec nos enfants : « Et toi, est-ce que tu te sens parfois comme Séraphin quand il y a trop de bruit ? » ou « Est-ce que tes émotions débordent parfois comme celles de Lili ? ».

Pourquoi proposer cette BD à votre enfant ?
Le dessin d’Elsa Corradi et Fabien Ronteix est moderne et très lisible, idéal pour les lecteurs dès 8 ans. L’intrigue est rythmée, mélangeant humour et action, ce qui permet de faire passer des messages sur l’amitié et l’acceptation de soi sans jamais tomber dans le discours moralisateur. C’est une lecture “plaisir” qui valorise l’entraide entre profils atypiques.
C’est un bon moment aussi de lecture partagée, car on le rappelle, les BD peuvent être des lectures du soir !

Le coin des recos :
Si votre enfant a dévoré Griffonne ou si vous cherchez des univers graphiques forts qui traitent de courage et de résilience, voici notre sélection de pépites à glisser dans sa bibliothèque :
- Bergères Guerrières (Jonathan Garnier & Amélie Fléchais) : Un chef-d’œuvre de la BD jeunesse. Dans un village où les hommes sont partis à la guerre, les femmes (et les enfants) s’organisent pour protéger la communauté. C’est beau, féministe, et ça parle de transmission avec une force incroyable.
- Les Géants (Lylian, Paul Drouin & collectif) : Une série qui mêle écologie et fantastique. Des enfants aux quatre coins du monde se découvrent liés à des géants élémentaires. Une superbe métaphore sur la force de la jeunesse face aux enjeux climatiques et au dépassement de ses peurs.
- Brume (Jérôme Pelissier & Carine Hinder) : Brume est une petite fille qui veut absolument devenir sorcière, même si elle n’a aucun pouvoir apparent. C’est drôle, pétillant, et le dessin est d’une douceur absolue. Parfait pour cultiver l’imagination et la confiance en soi.
- Lightfall (Tim Probert) : Pour les amateurs d’aventure épique. On y suit Béatrice, une jeune fille anxieuse, et Cad, un membre du peuple Galidien très optimiste. Le contraste entre l’anxiété de l’héroïne et son courage face au danger est très parlant pour les enfants sensibles.